Le repère est le stade de football "Voisin" (rectangle à droite) pour le personnel, derrière lequel ils habitaient, mais ne le voyaient pas caché par des murs.


les frères voisins http://www.issy.com/ma-ville/histoire/issy-berceau-de-laviation/la-success-story-aeronautique-des-freres-voisin-a-issy
A l’autre bout du parc de versailles, a l’autre bout du monde devrais-je dire, mais si proche. Dans la banlieue rouge, niché entre les usines : l’immeuble solo, tour de babel, au milieu des monstres industriels, le plein essort. Le soir était tombé, les ouvriers rentrés chez eux, les ruelles noires étaient donc vides.
Une fillette arrive du fond de la rue pavée, seul le bruit des pas, rue Marceau, elle marche rapidement, venant du métro Corentin-Celton, longeant le stade de football déserté des Frères-Voisin, tenant fermement la main d’un jeune garçon, vêtus à l’économie de l’époque, de sortes de gabardines trop large, mais proprement. Elle a le visâge légèrement bouffi, blonde au regard bleu, de ces enfants qui vous touchent, parce que n’ayant rien ne portaient sur eux que l’humanité profonde sortie de je ne sais quelle fleur ou de choux dont la nature avait le secret, le petit est blond tout en rondeur, elle se dirige vers le seul immeuble où âme qui vive, paquebot dans le brouilllard affrontant sa propre nuit comme une vigie, dans toute la rue désertée des ouvriers, ce devait être le 1 ou le 2 ?
-Gérard n’ait pas peur tu vois bien qu’il n’y a plus personne
Elle disait ça pour se donner du courage avant de monter quatre à quatre les marche jusqu’au quatrième de cet escalier en colimaçon, laissant loin en bas le plus jeune cousin pleurer, car juste avant de monter elle avait précisé
-Y’a une sorcière qui arrive derrière toi ! et lui montait en pleurant de peur...-attend moi !
c’est vrai cette rue elle est plutôt glauque le soir. Mais l’avantage on est tranquille pour jouer après l’école, au milieu sans personne pour nous embêter, que la grappe d’enfants inouie. L’immeuble était le seul au milieu des usines comme un élément de curiosité, une rareté autour duquel gravitait l'industrie en développement, la grande industrie Française. On pouvait voir, comme de la place de l’étoile, toutes les cours d’usines vue du balcon ou de la fenêtre derrière, tout autour, on voyait les ouvriers arrivant le matin et sortir par milliers ou millions que dis-je, fantastique image d’un autre âge. En face l’usine VOISIN frères qui fabriquait des avions et des voitures, vraiment très impressionnante avec deux énormes porte en fer d’entrée, d’où l’on voyait les milliers de feux d’artifice de la tôle qu’on coupait, soudait dans un bruit assourdissant. Passer devant pour elle était toujours un mystère inquiétant qui se tramait derrière, la cartoucherie Gévelot qui fumait tout le temps de ses hautes cheminées, monument de production de guerre pavé énorme près de la ville.
Combien était-on dans cette appartement ?
le totem de la fratrie Suzanne la grand mère en fait qui avait eu six filles, mais qui héritait des nouveaux petits enfants, cousins, et il y en avait. Elle mériterait son monument de mère pour l’éternité, mère de tant de sourires et de douleurs, mais de courage et d’attentions.
-Bon danielle tu es passée chez l’épicier pour le café, y en a plus.
-Mémé ! jean-claude pourrait le faire je dois préparer le poële et puis maman a dit qu’elle passait me donner un morceau de tissu pour faire ma robe.
-Bon prend le moulin et fais moi avec ce qui reste
-ah celle là geneviève en ce moment elle me donne bien du mal, à l’usine tu sais, bon c’est dur et en ce moment elle est malade.
-Je trouve que gérard n’est pas en forme, il a pris un coup de froid aujourd’hui ?
-Ses godillots étaient trempés toute l’après midi c’est peut-être pour ça, c’est les flaques d’eau plein les rues. On est passé par derrière corentin-celton en rentrant de l’école, pour voir mon amie, après j’ai pris ton journal du soir au kiosque du métro mairie d’issy, tu sais qu’aujourd’hui il y avait plein de monde devant l’école des pauvres, j’en ai profité pour aller à la pharmacie et acheter de l’Antesit et du bicarbonate starwax comme tu m’as dit.
-sans passer chez la mère bonbon ?
-j’ai pris juste deux chewing-gum gagnant mémé
-Bon allez les enfants j’ai des choses à vous envoyer faire appelle moi jean-claude il doit aller me chercher le café avec ses grandes jambes, et puis le détour est long, parce que je dois rendre au Boucher et la Quincallerie et c'est impossible avant euh et n’oublie pas tes devoirs.
Chaque soir il falllait chercher les boulets pour alimenter le poêle qui chauffait la maison, on allait au coin de la rue et prendre des sacs de charbons de cinq kilos, il servait de cuisinère, chauffe-eau, sèche linge, chauffe fer à repasser et d’autres utilisations, la cafetière était comme vissée tout au long de la journée café sur café.
Gauloise sur gauloise de la courageuse suzanne, émaciée avait un beau visâge racé, les yeux bleus, venant de Lille, mais on imaginait pologne, hongrie les lointains émmigrés, du nom de g’stell (en fait Irlande ou Ecosse, les mêmes émmigrés qui partirent dans le Kentucky aux USA dont on retrouve G stell ou Stell en pagaille).D'autres évoquent la faute d'orthographe de O'stell venu d'Irlande.
Son histoire n’était pas commune dans un quartier ouvrier, car elle avait été à l’école jusqu’au collège à Lille ce qui était rare en ce début de siècle, donc elle écrivait bien. Son père qu’elle avait quitté très jeune fabriquait des automobiles (Entièrement!) , avait un garage, et puis plus tard testerait pour Citroen de nouveaux modèles, il s’est tué avec l’une d’entre elle à l’essayage en montagne, les laissant seuls à se débrouiller, toujours son goût de la vitesse et du risque. Pourtant avec son frère électricien (on lui attribue l'électrification de l'Opéra de Paris ?) et lui très bon Mécanicien, ils ont fait une petite fortune, à l'époque dans leur fameux Garage de Lille, à ce moment une automobile est le sommet de la technique mécanique et très peu savent fabriquer une voiture de A à Z, et bien tout l'argent de l'héritage a été dilapidé après son décès et surtout sa femme et ses enfants presque abandonnés. Mais rien ne dura, quand suzanne dut partir pour Paris avec sa mère qui eut alors une petite Mercerie rue Lecourbe à Paris.
Où sont les pères de toute cette marmaille ?
Mieux vaut ne pas s’attarder sur la question, plus intéressés par la passion du moment ils n’assuraient pas sur le long terme, laissant comme souvenir un enfant de qui ?
La vie continuait, ce qui pouvait sembler l’horreur, le sourire était présent dans ce petit ilôt de châleur, de bonheur simple du quotidien léger, les attablées étaient grandes et la nourriture simple mais abondante, il fallait faire avec, et on faisait toujours. Aujourd’hui commence la disette de la fin du mois, mais on était seulement le dix mémé, démarraient les repas cafés au lait et biscuits. Les enfants n’étaient pas malheureux de cette situation, ce qui donnait finalement une atmosphère de fête de simplicité. Quand on observait les photos, ils n’avaient pas l’air mal nourris, non on savait qu’ils traversaient comme des anges ce qui auraient pu paraître infernal du point de vue d’un adulte, ainsi sont faits les enfants, avec le miracle de cette sève qui jaillit sans que quiconque puisse freiner, malgré toute opposition de réalité. Et puis les écoles d'après guerre fourmillaient de ce genre de minois, tantôt frôlant le sirop de la rue, d'autres s'en sortait mieux la vie se construisait comme par légo, pièce par pièce, pavé jaune ou rouge. D'ailleurs Mémé menacait le turbulant Gérard avec des "Tu finiras sur l'Echaffaud", il fut dans la Marine, et par son intelligence, sa curiosité à se sortir de là, quitter la misère, il entamait des études de Médecine réussies. Elle doit être fier quelque part, bien qu'elle ne fut trop croyante, plutôt anarchiste, mais respectant les règles de bienséance, afin de préserver une certaine dignité à tous ces marmots gentils, mignons, batptême, patronage pour Gérard, où il fit la rencontre de sa futur femme, dans ces colos pour aider des jeunes comme lui hier. Il sut donner la main à ses frères , bon chrétien qui le conduit sans doute à mieux aider en soignant, et peut-être dans sa mémoire, des "riches heures", de douleurs enfouies. Mémé "je t'achèterai une maison quand je serai riche", la pauvre n'avait besoin que de sa petit bicoque de Clémenca près de Brioude et puis elle savait qu'il l'aimait alors, les rêves.
Dans son havre de paix , elle y emmenait son chat, gros matou, prenait le train, et restait dans le Jardin, ne bougeait plus de là, tantôt Françoise l'accompagnait, elles passaient du temps ensemble, plus tard ce fût la sacré Moto ou Mobylette et elle sillonnait la région experte en moto plus tard. Elle se rendait souvent bien des années après à fond les manettes, sacré pilote Françoise (encore aujourd'hui), sur les petites routes de Paris à Nemours rendre visite à sa tante ma grand mère Geneviève g'stell. Le siège ayant déménagé à Nemours, Geneviève avait suivit son entreprise.